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« Où est la place du village dans les lotissements des Catalounes ? » Réponse : à coté ! Pour ne pas dire à l’écart. Ce n’est pas, là, critique de notre part, mais un constat, susceptible d’être établi dans nombre d’autres communes rurales.
C’est également la conclusion tirée des débats qui ont marqué la réunion organisée, samedi 10 novembre, de 14h à 18h, salle Georges-Brassens, à Clermont-l’Hérault, par « La Manufacture des paysages » à l’occasion de la journée mondiale de l’urbanisme 2007.
Cet événement, célébré dans plus de 30 pays sur quatre continents, a pour objectif d’en appeler à la conscience des citoyens et des collectivités afin de mettre en perspective les impacts environnementaux liés au développement des agglomérations et des territoires.
Les enjeux
Devant un public composé d’élus, de membres des administrations et de représentants d’associations, dont « Vivre à Brignac », les divers intervenants ont, tout à tour, décliné les spécificités de l’espace public, les contraintes environnementales en ce début du XXIème siècle, les enjeux du développement durable, les dangers sur le plan social de la dégradation de cet espace public et la nécessité de sa réappropriation par les populations afin qu’elles puissent continuer à vivre ensemble.
Les tendances lourdes
Ouvrant cette réunion consacrée à l’urbanisme avec un diaporama alternant le charme, l’harmonie de certains villages anciens et l’absence d’imagination et la pauvreté architecturale de lotissements récents, M. Bernard Kohn, géomètre et urbaniste, a cité les tendances lourdes à prendre en compte de nos jours dans un développement urbain : changement climatique, sécurité, sobriété énergétique et mise en œuvre d’énergies renouvelables.
Les conflits d'usages
Ensuite, Roger Perrin-Jacquet, sociologue, a évoqué les « conflits d’usages » de l’espace public, par définition d’accès équitable pour tous. Exemple : Entre une aire de jeux ou un espace de détente pour adultes et un parking, voire une place envahie en permanence par les commerces.
A son tour, Yves de Lagausie, urbaniste, a rappelé que nous vivons dans un monde fini, non extensible, que la population mondiale ne pourra croître indéfiniment, qu’il y aura également une limite à la consommation de matières et de biens ainsi qu’à la multiplication des espaces habités. Il souligna aussi la fâcheuse tendance à la ghettoïsation, d’un coté les quartiers dits « sensibles », misérables et dangereux et, de l’autre, les résidences « haut de gramme », fermées et gardées.
Pour éviter ce danger, Mme Ursula Paravicini, co-présidente de la « Manufactures des paysages », a insisté sur la nécessité de rétablir le rôle social de l’espace public, condition sine qua non de la paix civile.
Le mal français
Au cours du débat, marqué par une large participation de l’assistance, il a été mis en évidence l’origine du malaise français actuel en matière d’urbanisme, à savoir la loi Galland, par laquelle l’état, sous couvert de décentralisation, s’est déchargé sur les mairies de la délivrance des permis de construire.
Dans les villes où les équipes municipales sont riches de compétences diverses et dotées de services techniques aptes à aborder une prospective, définir des orientations à long terme du maillage urbain, de mener des concertations structurées avec les populations concernées, il n’y a pas eu trop d’erreurs commises.
Par contre, dans les communes rurales, il s’est avéré que la bonne volonté ne peut suffire face aux arguments rodés des promoteurs. C’est ainsi que l’on assiste à une urbanisation par cercles successifs sans liens entre eux, définitivement clos faute d’espaces publics de liaison et de rencontre.
Le rapport public-privé
Depuis une cinquantaine d’années en France, avant de délivrer un permis de construire, on s’est bien davantage préoccupé de la dimension des ouvertures d’une maison, de la nature des tuiles, de la couleur des murs ou de la hauteur des clôtures que de l’adéquation de la construction d’un lotissement par rapport aux spécificités de l’agglomération et encore moins de ses facteurs d’intégration.
De même on n’a guère pris en compte le rapport entre l’espace public et l’espace privé et on a privilégié le second par rapport au premier. Question de rentabilité maximale pour les promoteurs. Comme l’a fait remarquer, lors du débat qui a suivi les exposés introductifs, le maire d’Octon, M. Guilhem Dardé, on a accordé dans les projets de lotissements trop de surface à l’espace privé.
L'exemple de Clermont-l'Hérault
Or, ce n’est pas un impératif absolu pour M. Alain Cazorla. Le maire de Clermont-l’Hérault a fait état, à propos des deux derniers lotissements en chantier sur sa commune, de prix de revient du M2 attractifs, à savoir 137 € et 162 € ! (1) Et, ce, en réservant à l’espace public la part nécessaire.
Enfin, l’espace public existant a été détourné de la vocation initiale, dans la mesure où celui-ci a été occulté dans les lotissements pour la raison évoquée ci-dessus. Et, ce, sans demander l’avis des populations concernées. Par exemple, une place centrale transformée en parking (2). Le lieu de rencontres a été déserté. Les habitants des secteurs anciens renvoyés à l’isolement dans l’espace privé, tout comme ceux des nouveaux quartiers.
Dans notre région certaines municipalités ont réagi. Tout d’abord contre l’isolement des nouveaux quartiers que sont les lotissements. Ainsi à Clermont-l’Hérault, les anciens comme les nouveaux lotissements sont « ouverts », c’est-à-dire dotés de multiples accès, donc naturellement intégrés dans le maillage urbain.
Intervenu à diverses reprises dans le débat, M. Alain Cazorla a également souligné le parti pris initial de ces réalisations, à savoir des voies de circulation larges pour les voitures, mais aussi les cyclistes, les piétons, les enfants, donc un partage équitable de l’espace public entre les diverses catégories d’usagers.
Autre exemple de réaction, également fourni par M. Cazorla : « l’ouverture » du stade municipal de Clermont-l’Hérault, c’est-à-dire la démolition des murs d’enceinte. Le lieu sera accessible à tous à tout moment et non plus aux seuls sportifs à des heures déterminées.
(A suivre)
Ndlr :
(1) les néo-brignacois apprécieront.
(2) A Brignac : la place de l’église et le parc municipal, rogné puis envahi.