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Le nom refusé pour l'école communale

Lors de la réunion du conseil municipal du 3 décembre dernier, une suggestion avait été faite : donner à l’école un nom, en l’occurrence celui d’un écrivain.

Pour cela il avait été brossé un portrait de cet homme, sans que son nom soit cité expressément. Un clin d’œil en quelque  sorte, mais aussi une main tendue à chacun des élus, au-delà des clivages, des animosités, des petites rancunes.

« L’école a déjà un nom ! L’école communale, c’est son nom ! Elle n’en a pas besoin d’autre ! » a clamé une conseillère au nom de la « majorité » d’opposition.

« C’est son statut, sa nature ! », avait-il été répliqué. Effectivement, toute chose a un statut, une définition et un nom. Même un âne peut en avoir un !

Celui de l’homme dont nous parlons, sans l’avoir révélé, est illustre. Mais surtout cet homme peut être considéré comme un symbole de l’école de la République.

Fils d’un ouvrier mort en 1915 au cours de la bataille de la Marne, pupille de la nation, recueilli par sa grand-mère avec sa mère, handicapée par une importante difficulté à s’exprimer, il aurait du, à 11 ans, quitter l’école pour travailler.

Sa chance fut d’être l’élève d’un de ces instituteurs de l’enseignement primaire, dont on a dit qu’ils étaient les « grognards de la République ». Cet enseignant avait décelé chez l’enfant un sujet exceptionnel. Il mit un point d’honneur à lui obtenir une bourse et, ainsi, lui a permis de poursuivre de brillantes études secondaires et supérieures.

Le style c’est l’homme, dit-on avec raison. Sa plume était incisive. Son esprit d’analyse et de synthèse d’une grande finesse. Sa compréhension du monde, sa vision des enjeux de la société de son temps, son intérêt pour la condition humaine l’ont conduit naturellement au journalisme.

Il débuta dans un organe de presse du parti communiste. La qualité de ses reportages attira vite l’attention d’autres journaux. Il collabora ensuite à « Combat », journal de la clandestinité durant la seconde mondiale, puis à « Libération ».

Parallèlement, il avait entrepris une œuvre qui s’avère, aujourd’hui, un des monuments littéraires du XXème siècle, essais, romans, récits, nouvelles, pièces de théâtre, carnets, journaux de voyage et correspondance d’une rare qualité. L’Académie Nobel ne s’y est pas trompée et lui a attribué, en 1957,  son prix de littérature.

Cette  distinction lui valut les sarcasmes de l’intelligentsia germanopratine. Il n’eut pas le temps de la confondre. Sa vie s’est achevée dans une voiture écrasée contre un arbre, le 4 janvier 1960. Dans la sacoche retrouvée à ses pieds, un manuscrit inachevé auquel il travaillait : « le dernier homme ». Un titre symbole pour une œuvre elle-même malheureusement inachevée.

Mais, aujourd’hui, après une éclipse suscitée par mai 68, c’est lui que les nouvelles générations découvrent. C’était lui le visionnaire et non ses petits détracteurs.

Son œuvre et sa riche personnalité ont fait, fin 2009, l’objet d’un « dictionnaire », un document dense de près d’un millier de pages, fruit du travail d’une équipe internationale et interdisciplinaire de chercheurs : littéraires, philosophes, historiens, politologues et juristes. Son nom : Albert CAMUS.

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