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C’était jour férié, hier, à Brignac. La mairie était fermée. Les employés municipaux avaient congé. La salle polyvalente bruissait de chants, musiques et paroles. L’héroïne du jour était Notre Dame du Peyrou. Hommage, une nouvelle fois, lui a été rendu. Selon le vœu fait voici plusieurs siècles, la population a remercié la vierge d’avoir épargné le village d’une grave épidémie.
Pour ceux qui sont venus s’établir récemment à Brignac et, comme chaque jour ouvrable, sont allés travailler, cela peut surprendre. Voila une occasion pour eux d’appréhender une parcelle de l’histoire et de la geste locale à laquelle, il faut le reconnaitre, majoritairement les « anciens » ont pris part ce mercredi 27 avril 2011.
Tout d’abord, précision à propos des anciens : on est tous, un jour ou l’autre, l’ancien de quelqu’un. On l’est par le nombre d’années vécues, voire par celui des décennies ou encore des générations de présence au pied l’église Saint-Pierre aux liens. Chacun l’estime à l’aune de son parcours personnel.
De ce jour différent, qui mieux que Micaëla, une « Clermonaise », peut vous parler de « Los brinhacôls e leur procession du mois d’avril » …histoire de tremper la plume dans l’encrier de la mémoire à l’intention des « néos » :
« Les Clermontais rapportent, - et Dieu sait s’ils rapportent bien ! - qu’à Brignac, village « confit de Dieu » (à ce qu’ils disent), tout le village ou presque montait en procession à Clermont prier Notre-Dame du Peyrou.
« Bien sûr, ils montaient à pied, croix en tête, curé entouré de ses « clerjons » et en grand apparat. De Brignac à Clermont, tout en cheminant, ils chantaient des litanies, sans discontinuer.
« Un jour, arrivé à la fontaine de Thurou, à hauteur de la coopérative et des jardins de Salicru, le curé, bon gastronome, eut envie de jeunes radis pour compléter son diner. Comment faire ? La gourmandise aiguisant l’imagination, il se tourna légèrement vers l’acolyte le plus « escaribillé », et, tout en chantant, il passa du latin à l’occitan :
« Pitchooot, corris me quèrre quauqueeessss rabeeeetas...
« L’acolyte part en courant. Pas de radis. Il se plante alors au bord du jardin qui surplombe la route et crie : « I a pas mai de babeee… tas !
- « E bè… Porta me de cebas as as !
« Et, tous les brignacois de répondre : « Ora pro nobis… »
En termes plus conventionnels, l’abbé Hervé Dussel a rappelé cette ferveur venue du temps jadis, dans son homélie lors de l’office célébré en la chapelle située près de Villeneuvette, route de Bédarieux.
La nef était comble de « pèlerins » parvenus pour les plus vaillants à pied, soit une vingtaine dont la moitié d’adolescents, sous la conduite du Maire. Les autres, les plus nombreux avaient demandé à l’automobile de pallier aux misères de l’âge. Mais, tous ont partagé la même ferveur par les chants et les actions de grâces.
A tour de rôle, paroissiens et paroissiennes ont donné lecture, qui du livre des actes des apôtres, qui un psaume, un passage de l’évangile selon St-Luc, voire chanter superbement à capella « l’ave Maria ». Suivit la prière de la procession pour le baiser à la statue de la vierge, avant que la plupart des présents prennent part à la communion.
A l’issue de l’office, après une brève collation à coté du parvis de la chapelle, ce fut le retour en voiture vers Brignac et la salle polyvalente. Le repas en commun y a été animé par la sympathique troupe de musiciens, chanteurs et danseurs des « Tegas-Los », partie prenante de cette journée de ferveur et d’amitié.