site d'information locale et environnementale
Mme Nathalie Kosciusko-Morizet s’est rendue, ce jeudi 12 mai en Lozère. La Ministre de l’écologie est venue expliciter la portée de la décision, prise la veille en première lecture par l’assemblée nationale, en conclusion du débat sur l’extraction du gaz de schiste.
Par 287 voix contre 186, les députés ont voté un texte qui sera soumis au sénat le 1 er juin prochain : la technique hydraulique sera interdite sur tout le territoire national, tant pour la recherche que l’exploitation du gaz extrait de la roche de schiste.
Par contre, les permis accordés ne sont pas annulés, contrairement à ce que prévoyait à l’origine le texte. Ce qui provoque déjà de vives réactions de la part des écologistes et des formations de gauche. Ceux-ci accusent le gouvernement de reculer devant les menaces de procès des « concessionnaires ».
Trois permis dans notre région
Trois permis de recherche ont été accordés, le 1ermars 2011. Ils concernent une surface totale de 9 672 km2, à savoir les départements de l’Ardèche, la Drôme, le Vaucluse, le Gard, l’Hérault, l’Aveyron et la Lozère, c’est-à-dire dans une zone incluant le « parc naturel des Causses-Cévennes », dont le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO a été envisagé.
Ces permis ont été délivrés aux compagnies Schuepbach Energy LLC pour Villeneuve-de-Berg et Nant, à Total E& France et Devon Energie à Montélimar. Et, ce, pour une durée de 5 ans. Mais, en fait, il existe 85 dossiers de demande. Et les députés verts ont réclamé la publicité de leur liste.
« C’était une erreur » a reconnu Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, en parlant de la « discrétion » dont a fait preuve son prédécesseur au ministère de l’écologie, M. Jean-Louis Borloo. Elle a confirmé son propos en répondant à la question posée par M. Robert Tropéano, sénateur, vice-président du conseil général de l’Hérault et maire de Saint-Chinian.
Conséquences désastreuses
Comme celui-ci l’a fait justement remarquer, l’éventuelle exploitation de tels gisements soulève de « lourdes interrogations tant sur le fond que sur la forme » :
« D’autant que, ajoute-t-il, accorder un permis sans aucune concertation et information préalables des élus et des populations de ces territoires relève d’une pratique parfaitement inhabituelle. Quant au projet en lui-même, il s’avère que ce type d’exploitation engendre des conséquences désastreuses en matière d’environnement. »
De fait, ces exploitations sont fortement consommatrices en eau (15 à 20 000 m3 par opération et puits !) et potentiellement polluantes pour les nappes phréatiques en raison des produits hautement toxiques utilisés.
Aussi, les députés ont retenu le principe de l’interdiction de la technique dite de « fracturation hydraulique ». Si les sociétés concessionnaires veulent entreprendre une recherche, elles devront auparavant rendre publique la technique qu’elles comptent mettre en œuvre.
Mais quelle autre technique ?
La ministre de l’écologie a rappelé, devant le tollé suscité par la décision de M. Jean-Louis Borloo, qu’une mission conjointe du conseil général de l’industrie et de celui de l’environnement a été lancée. Un rapport d’étape a été remis, le 15 avril dernier, au gouvernement. Le rapport final le sera le 31 mai prochain. « Ils seront rendus publics » a-t-elle affirmé.
La ministre a aussi souligné que la France dispose aujourd’hui d’une soixantaine de gisements pétroliers et gaziers, leur production représente 1 à 2% de la consommation nationale et tend à décroitre. Inévitablement. Aussi, la Ministre a repris l’argument de la dépendance énergétique du pays ainsi que la réduction recherchée de la facture énergétique.
Elle a révélé également que les industriels détenteurs des permis de recherche ont été réunis, le 10 février 2011, qu’il a été convenu qu’aucun forage et plus généralement aucune opération technique sur le terrain ne seraient effectués avant que ne soient tirées les conclusions du rapport final évoqué ci-dessus.
Enfin, la ministre a confirmé l’annonce, faite le 23 mars dernier, que le code minier serait modifié afin de prévoir une procédure de consultation du public sur les demandes de permis d’exploitation et non plus, comme jusqu’à présent, une simple information public.
Permis non annulés, y a-t-il une autre technique de fracturation de la roche que l’hydraulique ? Est-ce la raison de la porte laissée entrouverte ? « C’est fini !, a affirmé hier Mme Kosciusko-Morizet, il n’y a pas d’autre technique…. »